Justice ?

Article Midi-Libre du 15 Avril

Édition du mercredi 15 avril 2009

Retour d’école mortel pour une mère de famille

Avait-elle, ne fut-ce qu’une once de chance ? Apparemment non. Car le 20 janvier dernier, en fin d’après-midi – entre Les Matelles et Saint-Jean-de- Cuculles, sur le CD 17 – lorsque cette mère de famille, au volant de sa Clio (son fil âgé de 3 ans et demi attaché à l’arrière) voit arriver sur elle ce 4×4 Volvo, il est sans doute déjà trop tard. Le puissant tout- terrain percute la citadine de plein fouet, poursuit sa course erratique quelques dizaines de mètres, avant de brutalement stopper dans le fossé, de l’autre côté de sa voie de circulation.

De la Renault, les secours extrairont le corps sans vie de cette jeune maman. Son fils sera, lui, grièvement blessé. Dans la seconde auto, la conductrice, une mère de famille qui allait chercher ses enfants à l’école, sera également touchée.

Près de trois mois ont passé depuis ce funeste mardi de janvier. Dans le prétoire de la correctionnelle, à quelques mètres de la prévenue, âgée de 34 ans, et face aux magistrats, celui qui fut le compagnon de la victime dix-sept ans de rang le dit. Sans fard, presque pudiquement : « Je porte le masque pour mes enfants. Mais il y a tout un monde qui s’est écroulé… » Ne restent alors que les regrets. Ce n’est pourtant pas ce que pense Maître Blais, l’un des deux avocats de la partie civile. Et celui-ci de le dire d’emblée : « Je n’ai pas vu, dans ce dossier, un seul mot d’excuse ou de regrets de madame. » Prenant la suite, Maître Chaigneau évoque, lui, « cette famille venant de voler en éclat ». Parlant aussi de ce petit garçon « à qui, à ce jour, personne n’a encore dit que sa maman était morte… », alors qu’elle venait d’aller le chercher à l’école. Cruels hasards. L’avocat poursuit : « Elle allait trop vite parce qu’elle avait bu et ne savait plus ce qu’elle faisait ! » Et ce, alors que la prévenue, malgré un traitement médical, avait donc ingurgité quatre ou cinq verres de vin blanc avant de prendre la route. De quoi faire dire à la représentante du parquet que, finalement, « c’est dommage, il n’y a jamais de salopards qui meurent par fatalité… » Réquisitoire à la Audiard, manière de dire que, oui, « une citadine n’aura jamais le dessus sur un 4×4, c’est clair. Quant au taux d’alcoolémie de madame, il était, peut-être, important car causé pour partie par les antidépresseurs qu’elle prenait. Il n’empêche… Cette fatalité, on lui a donné un sacré coup de pouce », estime le ministère public. C’est un fait. À l’image de ces cinq années de prison, assorties d’un sursis, réclamées sur l’audience.

Existe-t-il pour autant une juste peine ? Sur le banc de la défense, Maître Gauer le concède : « J’ai le sentiment que la justice ne peut pas grand-chose face à ce type de situation. » Situation pour laquelle les magistrats ont, eux, tranché. Ils ont ainsi condamné la jeune prévenue à trois ans de prison assortis d’un sursis. Une peine assortie de l’annulation de son permis de conduire et de l’interdiction de le repasser avant trois ans.

Jean-François Codomié

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