la belle histoire/toi

Contrebasse

Il est des êtres extrêmement brillants, exubérants, qui quant ils partent, laissent derrière eux un silence douloureux… la peine de ceux qui les accompagne dans leur grand voyage sont à leur image. Ils sont trompettes, violons, instruments souvent très scintillants et mélodiques. On se souvient longtemps de leur virtuosité… Pourtant, la place qu’ils laissent est vite occupée, un autre virtuose, à l’égo sur-dimensionné a tôt fait de s’immiscer dans l’immense vide qui semblait impossible de combler. Et très vite la peine cède au souvenir, la musique reprend ses droits, exprime la douleur, l’absence et parfois la colère avec une telle justesse, que dans ces moments elle sonne douloureusement belle.

La contrebasse, quand elle se tait, laisse un vide d’une autre dimension, il est est difficile de se souvenir clairement d’elle, elle était déjà la respiration du silence, de ce silence sublime qui est l’essence même de l’aboutissement de la musique. Alors que tous les instruments mélodiques sont à la recherche de cette ultime phrase musicale qui va concrétiser l’instant où ils vont se taire… de cet instant parfait, où ils jouent encore, sans faire de note, la contrebasse leur offre cette cohésion intrinsèque qui leur permet de trouver leur voix vers leur propre aboutissement… La contrebasse se dédit aux autres et les accompagne dans leur démarche. Elle donne du sens, de la cohésion au mélange des notes, elle permet à des instruments fondamentalement différents et parfois antinomique, de s’accorder. Quand la contrebasse s’éteint, un malaise s’installe… La peine devient désarroi. Elle n’a pas laissée derrière elle de mélodie évidente à fredonner avec laquelle les vivants pourraient atténuer leur douleur, ou vivre son souvenir. Mais jouer sans elle ne fait plus sens… sonne creux.

La contrebasse quand elle se tait, laisse une envahissante absence, qui ne se transcende pas. Elle n’ouvre pas vers d’autre possible car elle magnifiait l’espace sonore… et se réjouissait d’épanouir les autres.

Aujourd’hui je voudrais te donner mémoire, te décrire et offrir aux autres l’immense chance que j’ai eue de t’avoir connue, aimée. Je voudrais te partager, te multiplier, pour moins te perdre. Mais te dire ne peux bien se faire qu’en creux, donner ta mesure, c’est décrire les moments où nous nous approchions ensemble du sublime, sans pouvoir ne parler que de toi. Te dire, c’est raconter mon désarrois, dire ma désunion. Le sentiment d’incomplétude dans lequel tu m’as laissé.

Je dirais nos rencontres, les pianos, imposants et magnifiques qui se laissaient aller à jouer seul, instruments complets, ils étaient incapables de s’accorder à nos imperfections, il fallait essayer de les rejoindre et accepter de les voir repartir dans leurs monologues… Accepter d’être si peut nécessaire, et apprécier les moments de partage volés à leur indépendance.

Je parlerai des guitares, si souples, si volubiles et parfois inconsistantes, qui nous trahissait sans remords, pour d’autres accords, sans prendre la mesure de nos voix…

Je raconterai nos musiques, pour  ressentir encore ta présence.

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Une réflexion sur “Contrebasse

  1. Une autre manière de signaler qu’une Contrebasse à la hauteur est indispensable à toute Harmonie digne de ce nom, telle les fondations d’un « caprice architectural » arborescent défiant la pesanteur…

    Telles les racines d’un colosse vert qui compensent par une croissance accélérée au Sud son alourdissement au Nord, ou bien la chute d’une branche majeure au Sud, une Contrebasse de talent saura se repositionner au mieux afin de meubler opportunément les « oublis » de ses partenaires pour rétablir l’intégrité de l’Harmonie.

    Mes expériences passées de bassiste m’inclinent à penser que ce sacerdoce qui consiste à « colmater les brèches » en permanence demeure statistiquement ingrat pour le moins, au bénéfice d’instrument plus clinquants ou acérés qui bénéficieront d’une attention moins en rapport avec l’énergie & les efforts respectivement déployés.

    On peut toutefois noter que quand la contrebasse est « légèrement en dehors », la complémentarité des partenaires s’avère souvent capable de la tirer de ce mauvais pas…

    Une Contrebasse qui aurait particulièrement marqué par ses à propos, ainsi que son travail de fond, aura souvent déteint sur son ensemble à la faveur de la durée : les membres restants s’avèrent souvent capables de d’émuler en partie son empreinte ainsi que son style en son absence…

    Enfin, il en est de rares dont la nostalgie causée par le départ s’accompagne néanmoins d’un sourire discret et malicieux, et celà malgré l’ampleur de la perte, tant demeure la conscience d’avoir été le participant de moments de musique privilégiés.

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