la belle histoire

On ne prononce pas le nom des Morts

Dans les Tribus Huronnes, Iroquoifes, & Chefs, chez les Sakalava de Madagascar et chez les Penan de Bornéo : « On ne prononce pas le nom des Morts », dans la société de consommation occidentale, non plus.
La mort est taboue, refoulée, on s’est séparé des corps encombrants, on les transfert dans des funérariums, espace kitsch et absurde, puis de plus en plus, on les fait disparaître, partir en fumée. Ensuite, on intime l’ordre condescendant à ceux qui souffre trop longtemps : « – fais ton deuil. » Cette phrase est vulgaire, le vivant survit, il est victime, lui intimer cet ordre revient à le culpabiliser de vivre sa perte. Faire son deuil, c’est ne pas heurter la sensibilité de ceux qui ne sont pas réellement confronté à cette douleur, ne pas les encombrer dans leur bonheur… Ne pas leur plomber leur espace d’insouciance…
Quand on se promène avec un ami paraplégique, on découvre les difficultés de la vie en chaise roulante qu’il rencontre, l’inadéquation de nos espaces urbains à son déficit de mobilité. cependant le plus difficile à surmonter, c’est les regards des bien portants, qui même quand une certaine gentillesse les anime, laissent souvent transparaître un reproche. Le reproche d’avoir été confronté à la vision désagréable du handicape plutôt qu’à quelque chose de positif.
Celui qui a été frappé par le destin, rencontre ces mêmes gènes, s’il se permet de prononcer le nom de l’être cher récemment disparu, il outrepasse un insidieux tabou, il a encore le droit de se dire déprimé, de parler un peu de sa difficulté à ne pas sombrer, mais si jamais il fait référence à l’être cher même dans une conversation badine, même s’il ne cherche pas à partager des émotions douloureuses et qu’il reste dans le ton du flot de la conversation en cours, il rompt cet interdit. Rendre hommage, faire mémoire et ne pas oblitérer son passé n’est pas permit à celui qui souffre. On lui demande de faire son deuil, c’est-à-dire de ne pas rappeler aux autres la fugacité, la fragilité de nos propres vies. La mort est le bien commun universel de l’humanité, et le plus effrayant, c’est aussi ce dont on ne parle presque pas. La mort quand elle est évoquée s’accompagne de phrases toute faites, d’euphémismes alambiqués. On demande à celui qui souffre de contenir sa peine, mais aussi de s’amputer de sa mémoire, de ne pas évoquer l’autre.
Faire son deuil ? c’est renoncer à la continuité de l’espace-temps, c’est tourner la page et l’oublier, c’est abdiquer de son passé. C’est demander au plus proche des proches de jeter la première poignée de terre sur le cercueil, c’est lui intimer l’ordre de tuer aussi la mémoire de celui ou de celle qui est partie. Pourtant, je reste persuadé qu’il existe une voie entre le morbide et l’oublie, un chemin douloureux mais sain, un chemin de joies et de peines, un chemin de vie, qui puise son élan dans les moments passés sans renoncer aux lendemains.
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