toi

la femme qui t’a tuée

J’ai été me vider de ma substance, allongé, dans mes mots, pour 40 € par séance de psychanalyse. Programme plus blanc que blanc, lessivage à 8000 tours minutes… Expiation de la merde qui pollue mes neurones… repassage, mise au pli en conformité avec le standard social. Ce n’est pas cher payé. J’ai des mots très noirs, très salissants, collants. Ces séances me faisaient du bien, j’en repartais léger, tout neuf… Propret, mais vide. loin de ma réalité, transparent (1).

J’ai ramené ton fils aux autres, il ne fuit plus, il rit, il embrasse, il est connecté, parle tout le temps, il est charmeur, dit des gros mots, se fâche et pleure parfois. Il se bat pour rattraper ce temps perdu, il parle souvent de toi. On regarde la pleine lune tous les deux, à chacun de ses fulgurants progrès, je pleure de savoir que tu es partie si inquiète pour lui et de ne pouvoir partager ma joie avec toi.

J’accompagne ta fille plus que je l’élève, elle sera passée à côté de l’insouciance, le 20 Janvier, elle est devenue adulte, projetée d’un coup hors de l’enfance… Elle est seule, très entourée, sociable, mais distante. Elle vit ce que tu as vécu au même âge, et que tu voulais tant lui éviter.

Je prends toujours le chemin de Tabar, pour rentrer. Je pense à toi, qui le prenait si souvent,. Tu aimais le sentiment que donnait cette petite route que tu m’avais fait découvrir. Elle donnait l’illusion que nous habitions au bout du monde… 5 minutes supplémentaires pour rentrer, en passant par les champs… Tu n’aimais pas la grande ligne droite de la route départementale où tout le monde roule trop vite, tu l’évitais. Je me dis que tu aurais pu prendre ce petit chemin ce jour-là aussi, mais je sais pourquoi tu ne l’as pas fait. Il était 16:30, il faisait beau, et tu n’as pas voulu perturber les promeneurs… Je les croise souvent, avec leurs jeunes enfants, leur chien, je passe le plus doucement possible, je leur souris, ils râlent un peu, mais ils me doivent bien ce droit. Je ne peux pas passer par l’autre route sans faire de cauchemar, sans revivre ces instants ou ta vie s’est arrêtée. Tu aurais pu le prendre ce chemin. Ta fille n’arrivait qu’à 5 heures au village… Je me suis fâché si souvent contre-toi à cause de cette hyper-conscience de l’autre qui t’amenait à te compliquer la vie pour faire plaisir à des inconnus qui ne s’en rendaient pas compte.

J’ai arrêté le divan. J’ai décidé d’assumer ton absence, le manque de toi. Les coups de blues sont revenus, mais j’aime les chanter, les écrire… Je redeviens moi-même, je retrouve ma substance. Je préfère continuer à t’aimer que de t’effacer.

Avec le recule, je repense parfois à la femme qui t’a tuée. Je me demande si elle a conscience de tout ça… Pendant quelques temps des gens qui te connaissaient ont levé le pied, fait attention à ne pas boire et conduire… Il se sont remis, et conduisent comme avant…

(1) L’Arrache cœur, de Boris Vian associe la psychanalyse et la dématérialisation de ses personnages

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