la belle histoire

Joséphine

Nous sommes tous les trois dans la voiture. On va vers Saint Jean de Cuculles. On est vendredi soir, Newla s’est faite belle, ado fatale, robe noir, des talons de 8 cm, les cheveux lâchés mais sages. Elle sort, elle ne viendra pas dormir dans cette maison où l’attendent temps de mauvais souvenirs… Newla devient toute grise à chaque fois que nous descendons de la voiture, au moment exact où elle arrive dans la maison. Elle se renfrogne, et oscille entre l’abrutissement des échanges FaceBook et la position fétale, sur son lit, à demi endormie dans un inextricable fatras de fringues, de cahiers, de pots de yoghourt… Ce soir, elle a trouvé une échappatoire, comme souvent, pour ne pas être là. Je vais la déposer en chemin, elle rayonne. Nous parlons d’une amie qui va avoir un enfant. Newla espère que ce sera une fille, car elle s’appellerait Joséphine. Newla adore ce prénom, elle m’en a parlé souvent, c’est comme cela qu’elle voudrait appeler sa propre fille. Je me demande si elle se souvient que sa mère l’appelait comme ça, quand elle se déguisait en femme vers l’âge de 4-5 ans. Puis nous parlons du prénom de garçon choisi par notre amie. Charlie, Newla et moi n’aimons pas… Un prénom diminutif… La sonorité Anglaise, nous rappelle tous les Kévin de France… Alors par dérision je me mets à chanter : « -Allo Papa Tango Charly, répondez nous vous cherchons… « . Petit à petit ma voix s’engorge, je continue de dérouler la chanson, de moins en moins fort, et puis j’arrive à la deuxième strophe, muet, et Newla continue, me remplace et chante : « – J’ai perdu celle que j’aimais Je ne la retrouverai jamais Je vais noyer ma solitude Dans le triangle des Bermudes ». Je détourne les yeux vers la route, je me contiens, je sens son regard sur moi, un silence inconfortable s’est installé. elle vient de réaliser le sens des mots, et la raison pour laquelle je ne les trouvais plus…

Ce n’est pourtant qu’une chanson de variété, sans réelle profondeur, mais un swing, une petite étincelle qui lui donne une ampleur, une chanson que j’ai souvent chanté avant.

Quelque temps plus tard, elle me dit : « chante-moi autre chose, j’ai cet air dans la tête et je ne peux pas m’en débarrasser !  » Après quelque essais infructueux, nous avons fini par retrouver une certaine bonne humeur en chantant en arabe.

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