toi/Uncategorized

j’avais sans doute les mains dans les poches, je me suis étalé de tout mon long

On me demande :

– as-tu fais ton deuil ?

– non,  j’en suis incapable, je ne comprends pas le concept, votre question est abstraite. Qu’attendez-vous de moi, que dois-je faire ? Effacer les 17 plus belles années de la vie pour enfin tourner la page ? Arrêter de porter sur mon visage ce léger voile noir, cette tristesse profonde qui fait désormais partie de moi ? Enlever ses photos de mes murs, alors que mes enfants me la rappellent dans chacun de leurs gestes, de leurs traits ?

Posez-moi de vrais questions, et j’essaierai de ne pas me mentir :

– Est-ce que je m’interdis d’aimer à nouveau ? non.

– Est-ce que je suis toujours amoureux d’elle ? oui. Souvent je rêve d’elle, des rêves de chair et de corps.

Et avec cette gentillesse qui tue, certain insistent :

– Fais ton deuil, fais le enfin !

– Je ne suis que la victime d’un coup du sort, plutôt que de me soutenir, de me reconnaître comme telle, vous me culpabilisez en m’accusant d’avoir faillis, de ne pas avoir « fait » ce deuil que je ne fais que subir :

– Je n’ai fait que prendre un méchant revers du hasard, un grand coup dans le dos, j’avais sans doute les mains dans les poches, je me suis étalé de tout mon long…

Et je reprends d’une voix sourde :

– Je vous renvois à vos propres destins, laissez-moi traverser le mien comme je l’entends et si ma tristesse vous insupporte et si quand je parle d’elle je vous ramène à votre propre mortalité, passez votre chemin et laissez-moi être ce que je suis.

Puis je retourne à mon silence, car je sais que d’autres ont connues des douleurs plus sourdes plus profondes que les miennes, je suis juste veuf, je déteste ce mot, il est vide et sec, juste veuf quand aucun mot n’existe pour nommer ceux qui perdent leur enfant, la langue française à ses limites face aux réalités du destin.. Je n’ai même pas l’honneur d’avoir été plus abimé que d’autres, car le destin frappe parfois plusieurs fois, et s’acharne sur certaines de ses proies.

A un moment de ma vie, j’ai senti mon énergie vitale s’en aller, m’abandonner… C’était après un autre deuil, une autre douleur, par-dessus la mienne, encore blanche.

Longtemps plus tard, avec toute la simplicité d’un jour qui se lève, quelque chose s’est installé, au détour d’un sourire, d’une belle lumière de printemps sur la vallée, du frémissement de la garrigue que réveille un vent timide. Quelque chose s’est installé quelque part, dans mon être et je peux dire qu’à cet instant :

– J’ai retrouvé soif de vie.

C’est peut-être juste ça « faire son deuil »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s